TSF Jazz Coup de projecteur — Thierry Lebon — chronique du 3 juillet 2025
Peut-on rire de tout, même de la vieillesse ?
Qui s’occupe de Mamie quand il n’y a personne d’autre ? Que faire quand elle s’appelle Poulette, qu’elle vient d’entrer en maison de retraite, qu’elle est coriace et mordante ? Fille unique, Andréa Brusque raconte avec humour et tendresse sa vie avec cette grand-mère hors norme. Seule sur scène, elle incarne plusieurs personnages : la petite-fille enceinte, la responsable folle de la maison de retraite, et bien sûr, Poulette…
Entre fiction et réalité, Coriace est un seule-en-scène drôle, touchant et furieusement humain.
« Elle est gratinée Poulette… Un spectacle rare entre comédie et tragédie, superbe regard sur la vieillesse, l'amour et l'héritage familial. À ne pas manquer ! »
Nicolas Arnstam, Froggy’s Delight
TSF Jazz Coup de projecteur — Thierry Lebon — chronique du 3 juillet 2025
« Un spectacle drôle et piquant qui balance entre déclaration d’amour et satire sociale. »
Le nouveau seul en scène de l’autrice et comédienne aux multiples facettes, Andréa Brusque, interroge avec humour et sensibilité les liens intergénérationnels comme la façon dont notre société traite ses anciens. Dans la veine tragi-comique, le spectacle balance entre déclaration d’amour et satire sociale. Drôle et piquant.
« Coriace est né d’un personnage : Poulette, une femme de 85 ans, brute de décoffrage, drôle, corrosive, loin de l’image rassurante de la mamie gâteau » note Andréa Brusque. Pour construire le personnage de l’héroïne de la pièce, l’autrice et comédienne s’est largement inspirée, comme nous l’apprend le spectacle, de sa propre grand-mère maternelle, dont le tempérament ne manque de pouvoir être rapproché de celui de la Tatie Danielle d’Etienne Chatiliez. Nous voyons alors cette grand-mère, que le grand âge n’a ni assagie ni apaisée, installée malgré elle dans le contexte de l’un de ces établissements aujourd’hui dédiés à l’accueil des personnes d’un certain âge. Sur ce spectacle, Andréa Brusque a su agréger de solides compétences comme autant de gages de qualité : Judith Chalier, « qui a joué un rôle déterminant en tant que conseillère littéraire », Thomas Poitevin, collaborateur artistique du projet dont on sait la propension à camper des personnages aussi drôles que touchants (Les perruques de Thomas), et Laurent Gutmann dont on connaît le talent à la mise en scène.
Dans la droite ligne des projets que la compagnie Futuracte entend créer, le seul en scène tisse l’intime et le politique, en suivant un triple fil rouge : « La colère face à l’isolement des personnes âgées, la culpabilité de ceux qui doivent les accompagner, et la peur de leur ressembler un jour ». Sur un plateau nu tendu d’une moquette orangée où trône un fauteuil roulant, cadre de ce huis-clos tragi-comique figurant de manière évocatrice et ironique l’univers des EHPAD, Andréa Brusque campe, outre la coriace Poulette, de nombreux personnages. Elle est tour à tour, changeant dans l’instant de figure et de physionomie, la directrice de l’établissement pour personnes âgées aux faux airs de bonhomie, la petite-fille cherchant en vain la tendresse de l’acariâtre grand-mère, un prestidigitateur invité à se produire dans le cadre d’une animation pour jouer les pédagogues, etc. La verdeur du propos le dispute à la tendresse tandis que le comique flirte allègrement avec l’absurde. Spectacle complet, Coriace, fait aussi la part belle à un autre talent de la comédienne quand, entre deux incarnations, elle s’empare du micro pour chanter.
Marie-Emmanuelle Dulous de Méritens
Froggy’s Delight Nicolas Arnstam
Comédie écrite et interprétée par Andréa Brusque, mise en scène par Laurent Gutman.
Elle est gratinée Poulette... A la fois caustique et débordante. Sur sa chaise
roulante, elle observe lucide la maison de retraite, n'hésitant pas à sortir quelques
vacheries et à tirer à vue sur tout ce qui l'entoure.
Mais ce sont les sentiments qu'elle a le plus de mal à faire sortir et quand sa petite
fille vient la voir pour lui annoncer une grande nouvelle, elle pourrait bien en perdre
la voix...
Andréa Brusque parvient à accomplir avec "Coriace" dans lequel elle a mis une bonne
part de vécu, un périlleux exercice de funambulisme. Démarré comme un stand-up, elle
n'en finit pas de surprendre et changeant de ton, incarne en un éclair une hilarante
animatrice de maison de retraite et bien-sûr l'incroyable Poulette, aussi insupportable
qu'attachante.
On connaissait le talent de comédienne d'Andréa Brusque, vu notamment dans les pièces
de Diastème ("Une scène" ou "La Nuit du thermomètre"), il explose ici avec un spectacle
rare entre comédie et tragédie, superbe regard sur la vieillesse, l'amour et l'héritage
familial où elle incarne avec délicatesse une vieille dame rebelle dont les répliques
en disent long.
Laurent Gutmann dirige avec finesse la comédienne, lui laissant suffisamment d'espace
pour faire passer toute sa spontanéité, son inventivité de jeu et permettre d'éclore à
de vrais moments de grâce.
Un spectacle rare à ne pas manquer.
Nicolas Arnstam