STATION M
Depuis 2024, avec Pauline Josse, nous intervenons dans un foyer d’accueil pour personnes en situation de handicap basé à Montfermeil.
Ce projet, piloté en collaboration avec Making Waves et le département de la Seine-Saint-Denis dans le cadre du projet Remix vise à développer l’usage et la pratique de la radio pour les personnes en situation de handicap.
Au fur et à mesure des séances, nous avons accumulé une matière sonore protéiforme (témoignages, discussions à micro ouvert, danse, chant, capoeira…) dont la richesse et la diversité nous a donné envie de pousser un peu plus loin le dispositif et de créer un spectacle.
L’histoire de la lutte des personnes handicapées pour leurs droits est riche en rebondissements. Elle prend racine à la fin de la seconde guerre mondiale et prend une nouvelle dimension à partir de la fin des années 60 avec entre autres la création par Eunyce Kennedy Shriver des Special Olympics (jeux olympiques spéciaux) en 1968. Ces jeux, réservés aux personnes présentant une déficience mentale, mettent l’accent sur la participation plus que sur la performance physique.
Très inspirés par cette histoire et cette philosophie, c’est dans cette optique que nous voulons nous inscrire avec STATION M.
Nous avons construit le spectacle à partir de l’imaginaire et des points forts de chaque handi acteur.ice. Parmi eux, un champion de judo, une danseuse, un pianiste ou encore un joueur de pétanque (entre autres).
Inspirés par Disabled Theater de Jérôme Bel, par le travail effectué par le Papotin ou encore le spectacle Monga de l’artiste brésilienne Jessica Teixeira, STATION M est un spectacle « frontière ». Sur scène, les handi acteur.ices sont accompagnés par Antoine Berry Roger et Pauline Josse.
Des séquences chorégraphiques et des scènes issues d’improvisations s’intercalent avec des échanges au micro où la question du handicap est centrale.
Aujourd’hui, le discours transhumaniste promet d’éradiquer le handicap grâce à la génétique, aux implants, ou à l’intelligence artificielle.
Mais les militants handicapés posent une question politique :
Qui décide quels corps doivent être corrigés ?
Qui décide de ce qu’est un corps acceptable ?
Le risque est celui d’un handicap à deux vitesses : augmenté pour les riches, abandonné pour les pauvres.
À l’heure de l’Anthropocène, de l’IA, de la crise écologique, la question du handicap devient centrale car elle pose une question fondamentale : pour quels corps construisons-nous le futur ?
Peut-être que la véritable révolution du XXIe siècle ne sera pas seulement technologique mais aussi politique et morale : accepter que la fragilité n’est pas un bug de l’humanité, mais sa condition même.
La durée du spectacle est de 50 min.